Le rachat de crédit de François

Ce soir là, comme à l'accoutumée et depuis maintenant dix ans qu'ils sont au service de la police, Simon et Claude faisaient leur patrouille habituelle dans les quartiers de Lille. Plutôt harassés par leurs journées respectives, les deux agents pensaient rentrer plus tôt ce soir là. C'était sans compter les trouble-fêtes. En effet, à l'instant même où ils pensaient enfin achever leur journée et rentrer à leurs domiciles respectifs, un individu surgissant apparemment de nulle part se planta devant leur véhicule de patrouille.

Ecartant les bras à la manière de la célèbre statue du Christ de Corcovado au Brésil, l'individu tenait dans la main droite une flasque qui devait contenir vraisemblablement de l'alcool. Planté au beau milieu de la chaussée, l'énergumène fermait les yeux, attendant vraisemblablement la fin venir. Surpris et pris au dépourvu par ce qui semblait être un candidat de plus au suicide, Claude et Simon, stoppèrent net leur véhicule. Fort heureusement pour l'individu suicidaire, le véhicule de patrouille roulait à une allure fort raisonnable en raison de la mission de patrouille qui leur incombait. C'est ainsi qu'ils eurent la possibilité de stopper à temps le véhicule. Néanmoins, celui-ci avait tout de même heurté légèrement les genoux du suicidaire mais sans blessure grave. Après avoir repris leurs esprits, Claude et Simon sortirent de leur véhicule, arme au point pour appréhender l'individu suicidaire. Celui-ci n'avait pas bougé d'un poil. Stoïque, il avait gardé la position qu'il avait lorsqu'il s'était jeté au milieu de la chaussée. - « monsieur, posez les bras sur le capot du véhicule et écartez les jambes !» aboya Simon. - « Laissez-moi mourir, fichez-moi la paix ! J'en peux plus de me faire sucer le sang par ces vampires ! Mieux vaut en finir ! » A ces propos, les deux agents crurent avoir affaire à un sectaire de plus et pour éviter que l'individu, qu'ils croyaient assez dangereux, ne fasse d'autres bêtises, les deux policiers l'appréhendèrent sans violence, à leur grand étonnement. Après l'avoir menotté, ils le ramenèrent au commissariat. Là bas, les deux policiers entreprirent de soumettre l'individu à l'interrogatoire de principe. C'est ainsi qu'ils apprirent que l'apprenti suicidaire se nommait en fait François Vatel, qu'il avait 34 ans et qu'il était en tout état de cause camionneur. Ces informations, les deux policiers les ont soutiré des papiers d'identité que l'énergumène avait heureusement sur lui. Pour le reste, Claude et Simon n'avaient pas vraiment réussi à faire parler monsieur Vatel sur le pourquoi de son geste. Lassés par leur interrogatoire infructueux, Claude et Simon décidèrent de mettre François en garde à vue, en tout cas pour le soir car ils comptaient bien obtenir des informations le lendemain. Effectivement, le lendemain des évènements qui se sont déroulés, les policiers revinrent à la charge auprès de François afin de lui soutirer les informations qui leur manquaient. Semblant plus conciliant que la veille au soir, François accepta de leur raconter exactement ce qui s'était passé pour qu'il en arrive à vouloir se suicider. C'est ainsi que les deux policiers apprirent de François que l'origine de ses déboires se trouvait en fait tout simplement dans un problème d'endettement. En effet, ayant contracté plusieurs crédits auprès des établissements de crédit de la ville, François s'était laissé prendre au piège de l'endettement. Aujourd'hui, surendetté et harcelé par les banques, il en avait perdu le goût de vivre. Lui demandant des précisions quant à cette histoire d'endettement, les policiers apprirent alors qu'en fait, François avait souscrit à un type de crédit qui avait le vent en poupe en ce moment : il s'agissait de ce qu'on appelle le crédit à la consommation. Ces types de crédit permettent aux personnes ayant peu ressources de réaliser un projet ou de s'offrir des choses que d'ordinaire il ne pourrait pas se permettre. Bref, la technique du crédit à la consommation est un moyen efficace pour disposer d'une somme d'argent rapidement ; ce qui permet de court-circuiter les techniques de prêt classiques dispensées par les établissements de crédit. Toutefois, le problème du crédit à la consommation c'est justement sa trop grande facilité d'obtention. En effet, le consommateur qui a recours à ce type de crédit, fasciné par la facilité de pouvoir disposer d'une somme d'argent conséquente assez rapidement risque d'y avoir recours trop souvent et c'est là que le hic ! Et c'est ce qui était arrivé à notre apprenti suicidaire. En effet, ce dernier confia aux policiers que désirant depuis toujours s'offrir plusieurs accessoires de décoration pour son camion afin de lui donner l'apparence des « big trucks » américains, il y avait renoncé du fait des prix prohibitifs dont ces babioles faisaient l'objet sur le marché. Aussi, lorsqu'il se vit proposer par un magasin de grande distribution spécialisé dans ces objets décoratifs un crédit à la consommation, François n'hésita pas une seconde et accepta l'offre. A ce moment là, il n'ignorait pas qu'en échange de cet octroi facile, l'établissement en question allait lui taxer des mensualités de remboursement. Cependant, confiant en son budget, il sentit que de telles mensualités n'allaient pas trop l'étouffer. S'il en était resté là, sans nul doute, François n'aurait pas commis le geste malheureux qu'il a tenté de faire. Mais l'homme n'étant pas parfait, notre camionneur succomba trois fois de plus au système de crédit à la consommation. Pour cette fois-ci, il s'offrit des futilités dont il n'avait, à vrai dire, pas vraiment besoin. C'est alors que l'addition se sala à la fin de chaque mois si bien que François connut un taux d'endettement de 70%. Etouffé par les mensualités de remboursement, n'ayant quasiment plus assez de quoi vivre, François, désolé de son sort, tenta alors sa malheureuse tentative de suicide, qui, heureusement pour lui, avait avorté. Au parfum dès lors de son problème d'endettement, les policiers compatissèrent au sort du camionneur si bien que Simon lui avoua qu'il pouvait peut-être l'aider : « Tu connais le système du rachat de crédit ? » lança-t-il à François. Ce dernier dodelina de la tête pour dire « non ». -« Ben, écoute, j'ai ma sœur là qui bosse dans un établissement financier spécialisé dans ces rachats de crédit ! Et, je crois que tu ferais mieux d'y recourir pour alléger tes dettes et repartir sur de nouvelles bases ! » François, intéressé, lui demanda alors plus d'explications sur ces « rachats de crédit ». C'est alors que Simon lui expliqua qu'en fait, il s'agissait d'un système mis en œuvre par ces établissements spécialisés et qui permettait de rembourser en totalité les dettes des personnes endettées auprès des établissements de crédit. Une fois toutes les dettes remboursées, le bénéficiaire de ce remboursement (à savoir la personne endettée) deviendra non plus débiteur des établissements de crédit auprès desquels il a souscrit ces crédits mais désormais celui des l'organisme de rachat de crédit. L'avantage du système c'est que si le débiteur avait à payer plusieurs mensualités pour différents crédits qu'il avait contractés, il n'en paiera plus désormais qu'une seule et unique mensualité : c'est ce qu'on appelle le « regroupement de crédit ». Autre avantage du système, c'est qu'il permet d'alléger le taux d'endettement des emprunteurs étouffés par leurs dettes. En effet, l'organisme de rachat de crédit met en place en parallèle avec le regroupement de crédit, une réduction considérable des mensualités qui devaient être allouées. De plus, il étale également le paiement de ces mensualités sur une période plus longue que celle mise en place par les établissements auprès desquels l'emprunteur endetté avait souscrit ses crédits. - « Alors, ça t'intéresse pas ça, mon gars ? C'est une meilleure solution que de se suicider, non ? » Qui a dit que la police n'était pas au service des honnêtes citoyens ?


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